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 L'espace méditerranéen et bois-énergie


Le cahier du bois-énergie n°43


Sommaire
 
Edito,
par Serge Defaye
 
• Une opportunité pour la forêt et les territoires méditerranéens ? 

• Le bois-énergie en Provence-Alpes-Côte-d’Azur
 
• Faire du froid avec du chaud
 
• L’olive, un fruit plein d’énergie

Edito
Halte aux feux !

Sur le pourtour méditerranéen, plusieurs centaines de milliers d’hectares de forêts sont partis cet été en fumée. Le retour des incendies de forêt, à cette échelle, est un désastre patrimonial, écologique, paysager et un drame pour les familles qui ont perdu leur bien et parfois leur outil de travail. Déploré pendant les vacances et oublié à la rentrée, ce phénomène récurrent est-il évitable ? À tout le moins, peut-on le contenir, en circonscrire les limites ?
Les feux de forêt ont des causes naturelles non contestables. En témoignent les grands séquoias bimillénaires de l’Ouest américain qui en conservent la mémoire dans leurs cernes noircis, tous les 70 ans environ. Ces incendies n’ont, à l’origine, pas été provoqués par l’urbanisation anarchique des collines qui surplombent les villes californiennes !
On connaît aussi le rôle du facteur humain, autant pour des raisons structurelles qu’accidentelles. L’exode rural et la déprise foncière, l’inexploitation et le sous entretien des terrains boisés, la friche et l’embroussaillement, favorisent considérablement, pendant les saisons estivales chaudes et sèches, l’ampleur et les conséquences des départs de feu qui trouvent à s’alimenter sur des territoires "chargés en combustibles". L’exploitation et l’entretien rationnels des espaces boisés, selon des cycles adaptés aux terroirs et aux essences, contribuent à limiter l’importance des sinistres et leurs conséquences. Encore faut-il que la biomasse récoltée soit utilisée et pas abandonnée sur place, ce qui est pire que de la laisser sur pied.
Pourquoi donc, alors que ces règles sont connues et régulièrement rappelées, l’usage énergétique du bois ne se généralise-t-il pas à proximité des massifs forestiers méditerranéens ? On invoque le fait que les populations occupent la frange littorale, à l’écart des zones montagneuses et boisées de l’arrière-pays, que les besoins de chauffage sont faibles au regard de régions plus continentales ou septentrionales. On cite la faible productivité / rentabilité des peuplements, les difficultés d’accès et de chantiers… ce qui met le combustible bois à un prix plus élevé qu’ailleurs. C’est exact, mais loin d’être insurmontable. Ainsi pourrait-on concevoir des réseaux de chaleur en hiver et de froid en été (en climatisant à partir des machines à absorption des équipements publics ou commerciaux, comme à Corte par exemple). En matière forestière aussi, on peut faire preuve d’imagination et trouver des solutions innovantes pour accéder et intervenir en zone de moyenne montagne raisonnablement pentue, si on veut bien considérer qu’abattre du bois par moins 30 °C en Finlande ou débarder au câble en Autriche n’est pas non plus un lit de roses.
En régions méditerranéennes, comme l’illustre ce dossier, des pionniers ouvrent la voie. Ce n’est pas leur faire injure de dire que la montée en puissance du bois-énergie n’est pas actuellement à la hauteur des enjeux et ne contribue pas significativement à la lutte contre les incendies (à l’échelle de l’Europe méditerranéenne, quelques dizaines de milliers de tonnes brûlées dans des chaudières contre plusieurs dizaines de millions de tonnes de biomasse forestière détruites cette année en pure perte). Notre point faible tient à la segmentation des politiques publiques, à l’incapacité des autorités administratives et des professionnels à aborder ces questions de façon transversale, à nos habitudes déplorables d’agir au coup par coup et dans l’urgence de l’événement, au lieu de penser et de peser sur le long terme. La solution, qui demandera du temps, réside dans la conjonction des politiques de gestion forestière, de développement des énergies renouvelables et de lutte préventive contre les incendies. Les termes de ce débat sont posés depuis longtemps, mais les réponses concrètes et appropriées se font hélas attendre. L’Agora et la discussion c’est bien, mais le pragmatisme et l’action c’est encore mieux !


Serge DEFAYE
Président du CIBE


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